Loi Montagne 2021 : l’impact pour les professionnels

Voilà plusieurs années que nous parlons d’emprunter une loi régissant l’utilisation des pneus en période hivernale à nos voisins allemands. Avec la Loi Montagne II, c’est désormais chose faite. Si l’amélioration de la sécurité routière est la priorité, les spécialistes du pneu et de l’APV ne doivent pas rater ce rendez-vous.

 

La loi Montagne, ou loi de modernisation, de développement et de protection des territoires de montagne, a été publiée au Journal Officiel en octobre 2020 et sera en application le 1er novembre 2021. Son objectif principal est de maximiser la sécurité des automobilistes lors de déplacements dans des conditions hivernales. Cette loi, peut-elle déjà être considérée comme une aubaine pour le monde du pneumatique et de l’après-vente ? Quelles opportunités ouvre-t-elle pour les consommateurs, et les professionnels ?

 

Focus sur la Loi Montagne II

Tout d’abord, mettons-nous d’accord sur ce que dit la Loi Montagne. Tous les véhicules légers et utilitaires, les camping-cars, poids lourds et les autocars doivent être dotés d’équipements spécifiques hiver dans 48 départements répartis sur une moitié est du territoire métropolitain, suivant une ligne imaginaire tracée entre Metz et Biarritz.

Les automobilistes (résidents de ces départements ou amenés à circuler sur ces routes) devront se plier à cette nouvelle réglementation, à partir du 1er novembre, et ce, jusqu’au 31 mars de l’année suivante.

Les conducteurs auront le choix de l’équipement obligatoire :

  • des chaînes à neige métalliques ou textiles, dites “chaussettes à neige”, équipant au moins deux roues motrices
  • quatre pneus hiver
  • quatre pneus 4/5/toutes saisons homologués “3PMSF” (leurs noms différant selon les constructeurs)

 

Entre obligations et sanctions

Une nouvelle signalisation indiquera aux usagers de la route les zones où les obligations d’équipements en période hivernale s’appliquent. Un panneau annoncera l’entrée et un autre signalera la sortie de zone d’obligation d’équipement. Il s’agit du panneau B58 (entrée dans une zone hivernale) et du B59 (sortie de zone hivernale).

Chaque 1er novembre, les conducteurs qui circuleront dans les zones concernées sans équipement risqueront 135 euros d’amende et une immobilisation du véhicule.

Pour ces automobilistes  résidents le besoin de s’équiper, quelle que soit la solution choisie, est donc aussi essentiel qu’urgent. Pour les conducteurs qui envisagent de traverser l’un de ces 48 départements cet hiver, la sentence est la même : il faudra s’équiper de pneus hiver, polyvalents ou de dispositifs antidérapants amovibles.

 

L’impact direct sur le business

Les conséquences pour les professionnels sont immédiates et multiples. Comme on l’a constaté par le passé avec l’augmentation des points de contrôle technique, la mise en circulation d’une loi sur la sécurité routière est souvent synonyme d’opportunités pour les professionnels de l’automobile.

Les fabricants de pneus, concessions et centres auto commencent doucement à proposer des sélections de pneus éligibles à la Loi Montagne, pour être sûr que les conducteurs soient bien équipés l’hiver venu.

Ensuite, comme tous les automobilistes n’ont pas la place de stocker un set de quatre pneus à l’année, des services comme les hôtels du pneu se multiplient. Si les retours sur ce service de gardiennage et de permutation de pneus ne sont, pour l’instant, pas colossaux, du fait du stockage et de la gestion qui en découle, le service a le mérite d’explorer des solutions.

Ce service ne cache en revanche pas son but premier : ajouter deux visites en atelier à l’année. Lorsque l’on sait que la visite moyenne annuelle se situe aux alentours de 1,3 fois, on ne peut qu’imaginer le potentiel de cette rétention décuplée.

 

Développer des process

Mais si les professionnels veulent transformer cette opportunité en bénéfice, ils doivent anticiper, s’organiser et communiquer. En un mot, ils doivent la valoriser. Cette loi semble, en effet, être passée inaperçue, et rare sont les usagers de la route qui en connaissent tous les tenants et les aboutissants. Ici, le rôle des fabricants de pneus, concessionnaires, réseaux et centres auto est de démocratiser cette nouvelle application et de trouver des solutions qui maximiseront la satisfaction client.

Point positif ? Les moyens sont aussi nombreux que le nombre d’enseignes sur le marché. C’est la mise en place qui semble prendre son temps… Pourtant, pour rafler ces “nouveaux” clients, c’est maintenant qu’il faut tout mettre en œuvre : informations sur le point de vente, dispensées à chaque véhicule entrant en atelier, diagnostics, offres et promotions, présence dans le discours du conseiller de vente. Les solutions doivent être présentées aux conducteurs de manière systématique.

Pour les équipes, cette nouvelle mission se traduit par un besoin accru en information, formation et sensibilisation à la sécurité du consommateur. Enfin, avec un CRM adapté, les professionnels peuvent capter et décupler leur rétention client en programmant, par exemple, le rappel de pose et de dépose à échéance.

 

Des professionnels frileux

Alors comment expliquer que cette formidable opportunité semble avoir été reléguée au second rang dans les calendriers d’une majorité des professionnels français ? Un manque de relais médiatique ? Un désintérêt pour une loi ne concernant qu’une moitié du territoire ? L’absence de solutions pensées en amont ? Cette loi, votée à l’automne 2020, n’a pourtant pris aucun professionnel de court.

Si la Loi Montagne II est vouée à évoluer, à partir du 1er novembre 2024, seuls les pneumatiques “3PMSF” seront admis en équivalence aux chaînes. Les solutions visant à augmenter simultanément la rétention en atelier et la satisfaction client doivent, elles,  être étudiées et mises en place dès maintenant. Car comme le disait Henry H. Kaiser, père entre autres de Kaiser Motor, “les problèmes sont des opportunités en vêtements de travail.”

 

 

 

Bruno Desmet, Directeur du Développement chez Reseaulution

 

Crédit photo : @PILAUKA

3 réflexions sur “Loi Montagne 2021 : l’impact pour les professionnels”

  1. Bonjour, je me permets une petite précision concernant votre article. L’application de cette réglementation est soumise à arrêté préfectoral. Par exemple en Saône et Loire, aucune route n’a été retenue par le préfet donc aucune obligation de s’équiper dans le 71. Ci-joint un article citant l’arrêté préfectoral en question : Pneus hiver obligatoires : la Saône-et-Loire pas concernée
    https://www.lejsl.com/economie/2021/09/22/pneus-hiver-obligatoires-la-saone-et-loire-pas-concernee

  2. bernard MONTCHARMONT

    Sur quel critère les pouvoirs publics se sont basés pour établir la carte des départements concernés? Je constate que la Haute- Marne (52) n’est pas concerné! département pourtant réputé pour ses rigueurs hivernales ( plateau de Langres) .

    1. La DSR (Délégation à la Sécurité Routière) a œuvré et ce depuis plusieurs années à faire que cette loi existe auprès des instances qui ont rédigées et portées la loi, il est vrai que certains départements limitrophes des 48 départements sélectionnés peuvent avoir des conditions hivernales rigoureuses mais rappelons que c’est le préfet qui aura le pouvoir de déclencher le décret non pas sur le département dans son entièreté mais sur les communes concernées. (31 départements sont partiellement concernés et 17 départements totalement concernés)

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